La femme est lavenir de lhomme .La représentativité féminine dans nos assemblées délus est une démonstration éloquente du mépris fait aux femmes.
On mesure parallèlement larchaïsme de nos institutions, et de notre société, qui considèrent comme une hérésie de porter une femme à la plus haute fonction de lÉtat.
Et que dire dun ministre qui sest récemment offusqué de linfluence sur les décisions de justice par une magistrature majoritairement occupée par des femmes (bien quelles ne soient que 2 % à investir des postes importants) sans soffusquer de linfluence sur les lois par un parlement représenté au 4/5e par des hommes !!! (..)
La femme est lavenir de lhomme. Pas son présent.
Dans une société qui distille continuellement limage dune femme inférieure à lhomme, où lon considère les discriminations à son égard comme normales, où les femmes elles-mêmes sadaptent à la normalité de leur sort, pourquoi se scandaliser que les violences qui en découlent ne soient pas elles aussi normales ?
Là où lon espérait que le drame de Vilnius servirait la cause féminine, force est de se satisfaire dun triste bilan :
En 2000, une femme décédait tous les 6 jours des coups portés par un homme. En 2006, une femme disparaissait tous les 2 jours des coups portés par un homme.
On objectera que les victimes peuvent désormais sexprimer, quelles sont plus nombreuses à déclarer des actes de violences.
On peut en douter sachant que, au-delà des gadgets publicitaires dénonçant le sort des femmes battues, de nouvelles mesures législatives ont été votées, hostiles aux victimes, et visant à les affaiblir matériellement, sous le prétexte hypocrite de parité. Mesures qui découragent nombre dentre elles à déclarer les violences subies, de peur daffronter un environnement social moins sécurisant (..)
* * * Violences psychologiques ou la mort à feu lent
La violence psychologique, encouragée par un mode de fonctionnement social dévalorisant la femme, se développe avec force dans les classes moyennes ou les milieux plus aisés, là où lhomme a suffisamment dintelligence (ou de perversion) pour sépargner une condamnation devant un tribunal.
Violence invisible, elle conduit à une mort lente, où la victime en désarroi creuse elle-même sa propre tombe. Rarement perçue comme la conséquence de violences conjugales, elle aboutit à laddiction (drogues, alcool, médicaments), au suicide, ou à lépuisement physique générateur dune maladie grave. Dune manière ou dune autre, la femme, qui est confrontée au mutisme et à limpossibilité de voir ses souffrances reconnues, décide de sauto-détruire, de mourir.
Quel type dhomme sadonne aux violences morales ?
Généralement, il sagit dun homme exerçant une profession parfaitement honorable, très souvent dans le domaine des soins, de léducatif, de laide à la personne, des métiers à vocation altruiste. Mais il peut appartenir à nimporte quelle catégorie sociale, aisée ou modeste.
Ce sont des personnages investis dune autorité, dun pouvoir, fortement appréciés du public qui les côtoie ou de leurs collègues.
Encensés dans leur profession, ils déploient des trésors dingéniosité pour paraître irréprochables, parfaits, à leurs amis, voisins, subalternes, ou contacts privés.
Il nest pas rare que ces hommes-là dépensent sans compter pour soigner leur image de marque et sassurer lestime dautrui.
Leur générosité est sans limite, mais la contrepartie est à la hauteur de cette générosité et se répercutera sur leurs proches ; elle prendra la forme de restrictions drastiques dont la compagne ou les enfants feront les frais.
Car ce désir de perfection, absolu et maladif, saccompagne dun besoin de défoulement qui sexprime exclusivement dans la sphère familiale.
Le violent psychologique est un malade, un grand malade, mais un malade imperceptible. Incapable de se reconnaître comme tel, il camouflera les symptômes de sa maladie derrière un entourage familial quil sacharnera à détruire psychologiquement, afin que celui-ci ne puisse jamais trahir lexistence de cette maladie, et soit dans lincapacité dêtre crédible.
Un esprit perspicace sera surpris de voir, autour de cet être socialement parfait, naviguer une épouse dépressive ou alcoolique ou un enfant souffrant de troubles comportementaux. Mais bien peu dinterlocuteurs oseront ce rapprochement, notamment si lintéressé est invulnérable de par sa fonction sociale.
Parce quil a besoin de sexonérer dune violence quil ne peut contenir, interdite dans la sphère professionnelle ou relationnelle, ce malade na dautre alternative que de détruire ses proches.
La première victime sera bien entendu sa compagne. Mais il lanéantira dune manière lente, méticuleuse et perverse.
La particularité de la violence psychologique est dêtre invisible : lhomme ne porte pas des coups, il incite la femme à sauto-détruire.
En la privant de tout recours extérieur, il y parvient. Car quel recours peut avoir cette femme qui vit avec un homme en apparence parfait ? Vers qui peut-elle se tourner pour parler de ses souffrances ? Qui peut croire à ses propos ? À qui peut-elle se confier sans susciter le doute ?
Son manque de crédibilité sera dautant plus fort que, pour faire face à son isolement, la femme se réfugiera dans la drogue, lalcool, les tentatives de suicides, passant pour psychologiquement fragile.
De par son milieu professionnel protégé, de par son aura sociale, le violent psychologique est un être insoupçonnable et intouchable. Ce qui rend plus aigu encore le drame des femmes victimes de ce type de violence : comment porter crédit à une femme socialement détruite face à un être socialement parfait.
La violence restera dordre morale, du moins tant que la femme ne se sera pas auto-mutilée. Dès lors, il arrive que lhomme adepte des violences psychologiques se laisse aller aux violences physiques, car il est désormais en mesure de contrer des accusations portées contre lui : si la femme a des traces suspectes sur le visage ou sur le corps, cest parce quelle a « fait une chute » alors quelle était « dans un état lamentable ». Dailleurs, nimporte qui dans son entourage pourra en témoigner.
Cest dans les formes de violence psychologique que lon relève le plus fort taux de dépressions et de suicides.
Malheureusement, toutes ces femmes mortes de coups invisibles, mortes à feu lent, ne sont pas comptabilisées dans les statistiques des femmes battues. Leur décès se produit parfois après bien des années de souffrances, voire même lorsquelles ne vivent plus avec leur bourreau.
Le drame est que ces femmes mortes sous la violence de coups invisibles laissent derrière elles des enfants, eux-mêmes condamnés au mutisme face à dautres coups invisibles. Et cest sur eux que le malade reportera sa violence. En toute impunité.
* * * Quittez-le !!!
Ici ou là, dans les milieux associatifs, féministes, ou institutionnels, on encourage vivement les femmes victimes de violences à quitter leur compagnon.
On peut sinterroger sur la pertinence de ces exhortations et sur les longues hésitations des victimes quand on sait les affres que traversent ces femmes que lon jette sur les chemins de lémancipation. Là aussi, les chiffres sont éloquents.13 % des femmes victimes de violences entament une démarche contre lauteur des faits et 8 % déposent une plainte.
Il faut savoir quune femme qui décide de quitter un compagnon violent traverse un véritable enfer...
Incitée à porter plainte, elle vivra le quotidien opprimant des tribunaux et des décisions de justice, quil sagisse de la garde des enfants ou de la condamnation de son ex-compagnon et/ou dun procès en divorce.
Elle devra piétiner dans pas moins dune dizaine de structures sociales différentes dont la plupart se contenteront dorienter la victime, bref de se rejeter le bébé. Ainsi, elle rencontrera lassistante sociale de secteur, lassistante sociale du logement, lassistante sociale (ou son équivalent) des services de lénergie, lassistante sociale daide à un secours durgence (ou son équivalent) ; et pour ses enfants lassistante sociale du collège , lassistante sociale du lycée... etc.
Elle devra faire face à de lourds problèmes financiers et à lendettement ; il ne faut pas oublier que les femmes victimes de violences sont avant tout victimes dune stratégie disolement social et professionnel, quune grande partie dentre elles nexerce aucun métier et na donc aucune autonomie matérielle ; le cas des concubines (voir p 63 « Le no mans land juridique des femmes qui nont droit à rien ») est dailleurs particulièrement significatif.
Elle sera sans cesse sollicitée par des administrations pour tel ou tel justificatif permettant de louverture de droits qui tarderont à venir.
Elle sera confrontée à un marché de lemploi hostile en raison de son manque de qualification, son âge, son sexe ou sa situation personnelle, et découvrira les interminables parcours dinsertion qui mènent souvent à une impasse.
Bousculée par sa propre histoire, et très souvent incapable de prendre en main son existence, elle devra faire face à un chamboulement radical de son mode de vie, à des problèmes avec les enfants, tiraillés par cette séparation, dont la scolarité sera soudain chaotique.
Le tout sur fond de harcèlement de la part de son ex-compagnon qui, lui, aura les moyens, le temps et la quiétude pour faire valoir des droits.
Sommaire du livre
- État des lieux
. Tragédie individuelle ou collective
. Comment se manifeste la violence faite aux femmes
. La violences psychologique. La violence physique
. La violence sexuelle
. La violence économique
. Un symbole préfabriqué
. La fronde féminine. Similitude
- Violences morales
. Violences psychologiques ou la mort à feu lent
. Quel type d'homme s'adonne aux violences morales. Quittez-le !
. (Ce qui se passe) Avant, pendant après la séparation. Le deuil de soi-même ou le retour à la réalité
- À propos de lois
. Le no man's land juridique des femmes qui nont droit à rien
. Paradoxe de la pension alimentaire
. Le partage des allocations familiales
. Arsenal juridique
. Femmes seules
- Adresses à connaître