Une araignée dans la Toile.
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Dabord, il lui demanda si elle était immigrée. A quoi elle tarda à répondre avant de rétorquer affirmativement. Jon.W ne connaissait pas Lna.Fr. Pionnier du Webworld, il pouvait senorgueillir de saluer tous les habitants, y compris les nouveaux venus. Or Lna.Fr était une énigme. Plus tard, elle voulut savoir comment il avait deviné quelle était immigrée. Il répliqua quil maîtrisait bien le Webworld et elle en déduisit quil ne souhaitait pas lui répondre. Mais elle ne lui en tint pas rigueur, heureuse apparemment davoir établi un contact avec un correspondant qui semblait avoir un certain sens de lhumour.
Dordinaire, le manque de sérieux dont laffublait sa naïveté, faisait fuir la plupart des interlocuteurs que Jon.W abordait. Ses propos abrupts avait un côté grinçant dont on se lassait vite, surtout dans le Webworld où lanonymat violait souvent la nétiquette.
Jon.W, taillé dans le réseau, ne possédait rien des raffinements du langage, des délicatesses de la courtoisie. Il ignorait que la plupart des visiteurs étaient en quête :
A.1.1. - de rêveB.2.1. - de fantasme
C.3.1. - de sublime
et venaient chercher dans le Webworld de la tendresse avant tout.
Toutefois, ces considérations bassement réalistes semblaient ne pas formaliser Lna.Fr. Ses aspirations étaient davantage orientées vers lhumour que vers lamour et Jon.W y répondait. Elle riait, à smileys déployés.
:-) :-) :-) :-) :-) Et elle inondait les messages de caractères euphoriques lorsque Jon.W lui racontait, dune façon sans pareil, lintrigue de la soupe aux choux et la sensibilité particulière que dégageait cette oeuvre du septième art.
Ils eurent une longue conversation sur les escargots quelle disait être une spécialité gastronomique de son pays dorigine. Jon.W, ignorant ce que pouvait être une spécialité gastronomique, lui répliqua tout naturellement que lescargot devait être un animal familier bien agréable à adopter, pour être guère bruyant quand il se déplaçait et amusant lorsquil souriait. Comme il semblait très éclairé sur le sujet elle lui demanda sil connaissait le MacFrench, spécialité culinaire bourguignonne, consistant à tartiner des escargots entre deux tranches de pain de mie. A quoi il répondit que cette pratique était encore inexistante dans la Cité.
Ce fut peut être avec Lna.Fr que Jon.W apprit a louvoyer dans les méandres de la finesse. Ed.Net lui avait enseigné lagacement que pouvait susciter ses continuelles interrogations. Avec Lna.Fr, demblée il limita les questions. Pour éviter toute équivoque, il reprenait ses propos, les approfondissait, lui donnant ainsi limpression flatteuse quils avaient un intérêt sans commune mesure. Il la courtisait malgré lui, avec les plus exquises attentions. Lna.Fr ne pouvait se douter que Jon.W palliait de la sorte aux carences innées dont il souffrait.
En femme quelle était et qui, à linstar de toutes les femmes, se défendait de pensées inavouables, elle adorait la chasteté de ses propos, le fait quà aucun moment il ne révéla un dessein malveillant. Jon.W paraissait si éloigné des préoccupations triviales qui agitaient le Webworld.
Leur approche, bien sûr, versa dans lattachement. Lna.Fr lui confia un jour quelle était journaliste, dans lespoir sans doute de découvrir lactivité de Jon.W. Il lui avoua quil était étudiant et que, dans le cadre de ses études, il venait dentamer une formation en entreprise.
En effet, Jon.W travaillait maintenant dans une entreprise humaniste.
Consciente que lefficacité créative était plus souvent le fait de la réflexion horizontale que de lagitation verticale, lentreprise humaniste avait la particularité dallonger les cerveaux dans des hamacs ou sous des cocotiers.
Celle-ci accueillait un nombre de salariés limité, dont elle sefforçait de préserver le bien-être, gage de motivation et de compétence qui engendrait une production de qualité. Privilégiant linnovation au rendement, lentreprise humaniste cherchait sans cesse à améliorer les potentialités individuelles dans un souci de confort collectif. Elle estimait que les salariés, eux-mêmes consommateurs, étaient le meilleur véhicule publicitaire du produit quils fabriquaient.
Lemployé effectuait une somme de travaux définie à lavance, répartissait ses horaires librement, en fonction de sa disponibilité intellectuelle ou de ses impératifs privés. Il disposait dune salle de détente, où il pouvait se rendre à tous moments, selon ses besoins, pour se ressourcer et augmenter ainsi ses performances.
Chaque salarié avait la possibilité, sil souhaitait alléger sa tâche, de sadjoindre le concours dun assistant, sollicité parmi la population inactive, auquel il transférait une part de sa propre rémunération, lui permettant ainsi dacquérir une expérience en entreprise ou lopportunité d'un emploi stable. Jon.W en tant quétudiant était ainsi encadré par un senior. Il devait lécouter et le respecter car le senior avait un salaire très élevé.
Lappât du gain étant dans la nature de lhomme, lentreprise humaniste trouvait normal quil y eût un échelonnement des rémunérations en fonction des compétences et de la créativité de chacun. Le maître-mot était dailleurs de récompenser la créativité et lencourager, de la même façon que la compétence était privilégiée au détriment de lélitisme.
Jon.W fut dabord affecté au service de la réorganisation commerciale. Le Webworld avait évolué vers un immense marché où on pouvait trouver toutes sortes de produits. Or peu à peu, les boutiques proposant des produits ou des services similaires sétaient installées presque côte à côte et sétaient livrées une concurrence acharnée, tirant sans cesse les prix vers le bas. Voyant leurs intérêts compromis, les boutiquiers avaient songé à se regrouper, à fusionner, à grossir pour résister. A la longue, il y eut des vitrines exclusivement consacrées aux grossistes. Or, les habitants du Webworld, élevés dans le culte de la gratuité et des chemins de traverses, fuyaient les autoroutes qui les tiraillaient vers le consumérisme.
Le service de la réorganisation commerciale avait pour mission de réhabiliter les transactions à caractère artisanal, avant que la Cité ne devint un désert. Aussi, dans lentreprise humaniste, on livrait des micro-structures clefs en main. Il sagissait de concevoir des sites attrayants où le visiteurs ne serait ni bousculé, ni harcelé, tout en évitant les méfaits dune concurrence sauvage.
Les micro-systèmes connurent un succès grandissant.
Jon.W exultait dans ses fonctions. Lui qui avait toujours été fasciné par les bâtisseurs, était à son tour embauché pour bâtir. Or, à cette période de ladolescence, marquée par les boutons de navigation dont il avait appris à percer tous les secrets, sa créativité avait pris un tournant exacerbé. Linconnue Lna.Fr occupait une place obsessionnelle dans son esprit, donnait des ailes à son imagination et des formes à son inventivité. A vrai dire, elle était présente partout, insidieusement glissée dans les arrière-plans, les bannières, les filets horizontaux, même discrètement dissimulée sous une puce.
Jon.W avait un bonheur infini a lier contact avec elle. Désormais, ils se cherchaient rageusement dans la boîte aux lettres, guettant le courrier de lun, la réponse de lautre.
Seule ombre au tableau, Jon.W la pressait de se rencontrer. Mais elle ne semblait manifester aucune hâte à ce quil y eût une réelle entrevue entre eux. Lorsquil abordait le sujet, elle devenait réticente, voire distante, dans sa correspondance. Elle lui expliqua par de multiples périphrases, que les gens sont souvent déçus de ce quils voient par rapport à ce quils lisent ou écrivent. Que certaines barrières peuvent être un frein à une relation plus poussée. Que ces barrières sont généralement dordre physique.
Il songea alors quelle souffrait peut-être dun trait grossier ou que sa couleur nétait pas la bonne, bref quelle avait une particularité de conception qui la marginalisait. Avec une infinie délicatesse, il lui répliqua quil était habitué aux malformations autour de lui, quil navait cure de lorigine, de la couleur ou des anomalies qui pouvaient être siennes. Et il insista pour quils se rencontrent dans le Webworld. A quoi elle répondit enfin, de façon tout à fait inopinée :
- Si cest dans le Webworld, pourquoi pas !Ils sétaient fixé un rendez-vous dans lAvenue Principale, entre la Forteresse et le Temple. Quand il laperçut, Jon.W eut encore cette sensation, qui le ramenait aux pois chiches de son enfance, sensation agréable au demeurant.
Oh, elle navait rien dextraordinaire, rien qui pût même la différencier des jeunes filles de la Cité. Dailleurs, Jon.W ne laurait sans doute pas reconnue si elle ne sétait distinguée en portant un foulard rouge autour du cou. Elle parut navoir aucune malformation, pas même un problème de trait ou de couleur. Elle parlait dune voix un peu saccadée certes, mais cette anomalie était très fréquente dans son entourage. Et, bien entendu, elle avait des reliefs communs à toutes les jeunes filles, à lexception de Lara, mais cela avait-il également une quelconque importance ?
Lna.fr semblait émerveillée de naviguer ainsi dans le Webworld dont visiblement elle ignorait lessentiel. Jon.W se fit une joie dêtre son guide. Il la prit par la main et lentraîna dans les rues animées, vers les boutiques où elles put essayer les tenues les plus excentriques. Tout semblait lui aller, et pour cause, elle avait la stature idéale et un moule parfait. Elle ne cessait de sourire et de rire, bien quelle paraissait navoir aucune anomalie fonctionnelle de ce côté là non plus.
Avec elle, Jon.W découvrit que la moto avait dautres vertus que de griser le pilote, quand elle lui enserrait étrangement la taille, accentuant létreinte à chaque virage. Il découvrit que le cinéma avait dautres mérites que dexciter limaginaire, quand il sentait son visage sapprocher de son épaule. Elle avait des attitudes de rapprochements insolites qui, chaque fois, le ramenaient vers les rares effusions de ses parents privilégiés ayant suscité en lui des sensations.
Lna.Fr, propulsée dans le Webworld, était peu bavarde, à limage de ces immigrés en extase devant un monde auquel ils sinitiaient. La discothèque lintéressait beaucoup. Elle adorait la musique. Et plus précisément un chanteur du nom de Sinatra quelle écoutait à longueur de secondes et qui la mettait dans tous ses émois. Elle demandait alors à Jon.W ce quil pensait de tel ou tel air et se contentait de sourire quand il rétorquait que cétait sa chanson favorite, dans la forme techno.
Par-dessus tout, Jon.W aimait lentraîner vers la plage, dun jaune fluorescent à couper le souffle, peuplée de coquillages sérigraphiés et de skieurs qui, parfois, tombaient de la montagne bordant la mer. Les frontières du Webworld nétaient encore délimitées que de façon approximative.
Là, ils passaient des moments idylliques, assis lun près de lautre, à contempler les vagues qui, de temps en temps, par des mécanismes inexplicables, allaient échouer au milieu de la mer plutôt que sur les rives, quand elles ne ramenaient pas sur le sable un surfeur novice, écumant de rage.
Lna.Fr semblait comprendre que lenvironnement était loin dêtre au point dans le Webworld. A moins que labsence de réaction de Jon.W, devant ces phénomènes naturels, neût endormi sa vivacité desprit.
Ce fut là, dans ce cadre enchanteur, quils connurent le grand frisson de leur premier baiser.
Bien quil nen comprenait pas le sens, Jon.W trouvait la coutume assez drôle et songea que ce devait être un rituel incontournable lorsque deux êtres étaient bien ensemble mentalement, au point de vouloir se rapprocher physiquement. Ce fut là que Lna.Fr lui susurra au creux de loreille combien elle eût souhaité que ce fût
pour de vrai A quoi il ne répondit rien. Mais ce jour là, Jon.W rentra chez lui lesprit bouillonnant dinterrogations.
Quavait-elle voulu dire par lexpression pour de vrai. Y avait-il dautres façons de montrer son attachement ? Que pouvait-il bien y avoir de vrai quil ne connaissait pas ? Ses pensées lentraînèrent vers des contrées quil avait maintes fois explorées, dans son for intérieur, sans jamais trouver dexplication, hormis celle quil était spécial.
Son ami Ed.Net ne lui fut daucun secours. Il semblait avoir de graves problèmes depuis quelques temps. Son système était resté bloqué sur lidée quil voulait se marier et quitter le Webworld, comme si un grain de poussière leût enrayé. Il avait des absences, brassait des trous noirs, ou débitait des propos incohérents.
Jon.W le voyait moins. Dune part, il était très occupé par Lna.Fr, dautre part Ed.Net semblait le fuir. Jon.W pensa que cette attitude venait du fait quil avait une petite amie, ce qui avait toujours manqué à Ed.Net. Pourtant, dun tempérament serviable, il eût été disposé à un rapprochement avec lui, un rapprochement semblable à celui quil avait avec Lna.Fr, si ce rapprochement eût permis à Ed.Net de retrouver la sérénité. Mais apparemment Ed.Net semblait hostile à ce genre deffusion qui, au contraire, eut pour effet de léloigner davantage. Jon.W en fut très affecté.
Dautant que Lna.Fr commençait à lui tenir des propos obscurs. Elle employait des termes quil avait lus dans des livres hermétiques ou entendus dans des films tout aussi hermétiques, où il était question d'embrasement des corps , de chairs qui sentremêlaient, de baisers langoureux, et même de
faire lamour comme si lamour avait besoin dêtre fabriqué.... Il savait quil pouvait se produire des choses étranges entre les animaux, des choses bestiales dont seule la nature était coupable. Il savait que les taureaux pouvaient pousser des mugissement parfois plus pressants que dordinaire, et ce dans le simple but de jouir du regard dune vache plongé dans leur propre regard. Et que ce regard pouvait même enfanter un clone, après quelques manipulations génétiques. Tout cela était luvre de la nature. Or la nature, notion abstraite et immatérielle, navait jamais été un élément du Webworld. Ce qui touchait les animaux ne pouvait, en conséquence, atteindre les habitants de la Cité.
Jon.W songea à se marier.
Pour trouver une explication à son problème peut-être, ou à celui de son ami Ed.Net.
Nul ne pouvait se marier sans en faire la demande, sans passer au préalable par lassemblée du Ring. Il se rendit donc dans le bâtiment affecté à cet usage.
Juste derrière la porte dentrée, un escalier grimpait vers une estrade fermée par trois rangs de cordes. Il dut se placer au milieu. Un projecteur laveuglait, si bien quil eut du mal à distinguer lassemblée, assise en bas, les yeux rivés sur lui.
Une voix sentencieuse, échappée dun porte-voix, commença à parler bruyamment:
- Jon.W, par-devant le Ring, vous êtes présent car vous avez solennellement fait le vu de vous unir selon les préceptes caducs de la communauté de vie. Avant de consentir à cette union, et après simulation de la validité et de la pérennité dun tel engagement, vous devrez répondre à un certain nombre de questions. Tout dabord savez-vous ce quest le mariage ?- Oui ! répondit Jon.W qui avait potassé plusieurs dictionnaires pour en connaître la définition. Mariage: union légitime dun homme et dune femme. Voir alliance, hymen, couple, noce....
- Daccord ! Mais savez-vous ce que cela implique ?
Il y eut un moment de silence.
- Soyons direct ! Savez-vous que le mariage peut être source de pugilat ?- Avez-vous mesuré la portée dun tel acte ?La silhouette sarrêta.
- Je ne pense pas. Alors, avant de vous engager, il faut que vous soyez conscient de certaines lois fondamentales édictées par lassemblée du Ring. En premier lieu, le couple est libre de sunir et se désunir avec ou sans lien juridique selon son choix. Vous navez donc ni lobligation de vous marier, ni lobligation de résider sous le même toit. Vous pouvez vous marier et élire domicile individuellement, ce qui élude bon nombre de problèmes. Cependant, si votre choix est orienté vers la vie commune, celle-ci devra être considérée comme provisoire, et pouvant donc cesser à nimporte quel moment. Si lessentiel de la vie commune est vécu conjointement, le couple aura néanmoins droit à des instants individuels. Par ailleurs, dans une société qui assure un minimum vital à tout individu vivant seul, il est inconcevable de pénaliser un des membres du couple au motif que le compagnon ou la compagne dispose de revenus suffisants. Or il nappartient pas à la collectivité de contribuer à cette compensation, mais au conjoint ou à la conjointe responsable de cette privation de ressources. Ainsi cette compensation pour privation de droits, due à un choix de vie commune, oblige le conjoint salarié à verser une proportion de ses revenus au conjoint démuni, revenus dont il ou elle pourra disposer librement. Enfin, il ne saurait y avoir dunion, à fortiori pour vivre sous le même toit, sans rédiger au préalable une convention de partage définissant les modalités de répartition des biens, ou les modalités de garde des enfants, en cas de rupture.Soudain, autour de lui, une multitude décrans sallumèrent, montrant à une cadence accélérée, des couples enlacés, des couples unis, des visages heureux, du soleil, des couples désunis le dos tourné, des enfants tiraillés, écartelés, des visages hargneux, des coups de tonnerre, des bâtisses qui seffondraient, comme aux pires moments du Cheval de Troie. Les images venaient lagresser sur le Ring et, chaque fois, il reculait dun pas, se tordait, pour esquiver les coups.
![]()
Oui
Non
eject
Brusquement les images disparurent, le laissant abasourdi, sonné.
Les chaussures rayèrent de nouveau le parquet.
- Vous laurez compris sans doute, lassemblée du Ring décourage fermement ce mode dexistence. En conjuguant le singulier au pluriel, vous allez donner vie à un concept obsolète et porter atteinte au fondement des civilisations qui ont majoritairement adhéré à un mode dexistence révolutionnaire : la singularité. En êtes-vous conscient ?Cherchant à saisir le sens du discours quil percevait, Jon.W ne répondit rien. Il se demandait seulement pourquoi Ed.Net voulait tant se marier, alors que le mariage ne procurait, apparemment, quun lot de désillusions.
Mais aussitôt il entendit dans lassemblée quelquun crier :
- Arrêtez tout ! Coupez !Il y eut de lanimation dans la salle. Les projecteurs baissèrent dintensité. Jon.W découvrit enfin la population qui siégeait dans lamphithéâtre, triée parmi les habitants du Webworld. Un doigt accusateur était pointé en sa direction:
- Jon.W vous ne pouvez vous marier !Il y eut un brouhaha, un soulèvement dinterrogations.
- Oui, mesdames et messieurs, Jon.W ne peut pas se marier ! Il est spécial !A lémoi et lindignation collective succéda une intense agitation.
- Sa place ne peut être ici ! Vous pouvez partir maintenant Jon.W ! Lui somma le maître du Ring, en le chassant dun geste du bras.Alors, dans le silence brutal qui figea lassistance, il quitta lendroit, KO, assailli de questions, avec la ferme intention de questionner Lna.Fr sur le sens de lexpression pour de vrai .
Ce fut bien plus tard quelle lui rétorqua dun ton amusé :
- Tu es vraiment spécial !Jon.W fut dissuadé du mariage. Il se demandait pourquoi les femmes ne répondaient jamais aux questions que leur posaient les hommes et pourquoi les hommes posaient des questions auxquelles les femmes, visiblement, ne pouvaient répondre. Ce fut à priori ce qui léloigna du mariage.
Et aussi le fait que Lna.Fr lui tenait des propos de plus en plus incompréhensibles, insistant pour quils eussent une vraie relation.
Désespéré et impuissant, Jon.W rentra chez lui, se posta devant un miroir et se teignit les cheveux. Dans la palette de couleurs à sa disposition, il sélectionna un ton inhabituel, un vert fluorescent, dont il remplit la zone crânienne, en ajoutant des paillettes dorées. Puis il passa devant ses parents privilégiés qui le contemplèrent émerveillés et médusés en sobservant mutuellement.
Jon.W senfuit vers les quartiers en ruine, là où on reconstruisait des immeubles après les ravages des dernières tempêtes. Le ciel était sombre et menaçant ce jour-là. Il sassit sur un tas de gravats et observa les édifices en réfection, mais cette fois sans enthousiasme. Quavait-il de spécial ? Il neut pas le temps de se poser la question que déjà un immeuble avait poussé. Mais un immeuble auquel il manquait étrangement une portion détage. Un autre immeuble poussa, altéré également sur sa base. Le système semblait défectueux.
- Tu es seul Jon ? entendit-il derrière son dos.Ed.Net sétait approché de lui. Les mains enfoncées dans les profondeurs de ses poches, il examina avec amusement le crâne dont les paillettes brillaient malgré labsence de soleil.
- On dirait quil va y avoir un orage ! Dit Ed.Net en regardant autour de lui.Jon.W se releva dun bond, lui fit face et sexclama :
- Ed ! Pourquoi je suis spécial ? Il y a un autre monde ? Quest-ce que ça veut dire pour de vrai ?Un second éclair hacha lenvironnement cette fois.
- Mais tu sais bien Jon....Ed.Net neut pas le temps de finir sa phrase quil fut pris dun long tremblement qui décala chaque parcelle de son corps dans le sens horizontal. Il ondulait tel un serpent.
- Je sais quoi ? insista Jon.WCette fois le ciel sassombrit, effaçant brutalement toute une portion dimmeubles, proches de ceux que venait de souffler de la dernière tempête. Des hiéroglyphes commencèrent à circuler en tous sens.
- Jon, je vais partir...- Tu vas partir où ?
Jon.W lui saisit le bras, espérant briser les interférences qui le déchiquetaient peu à peu.
- Je vais quitter le Webworld....- Non ! Attends ! Ne pars pas !
- Cest trop tard.... Regarde ....
- Ed, dis-moi comment je peux la voir pour de vrai! Je ten prie Ed, dis-moi !
Le vent soufflait fort, balayant des immeubles entiers qui disparaissaient brutalement dans lobscurité absolue. Ed.Net avait la voix hachée.
- Avatar... peux pas la voir.... Cest un avatar.... avatar...- Un avatar ? Quel avatar ?
- ...existe pas.... Webworld....
Ed.Net était aspiré par des forces incontrôlables. Jon.W sépuisait à le retenir. Soudain, il sembla réaliser ce qui arrivait autour de lui. Limage se désintégrait peu à peu. Jamais il ny avait eu cataclysme aussi violent. Le Webworld semblait attaqué à la fois par les redoutables Hackers et le terrible Cheval de Troie.
Tandis que les uns bombardaient les rues de messages insensés, léquidé dressait bien haut les pattes pour écraser ce qui se présentait sur son passage
- Ed ! Emmène-moi avec toi !Il le tirait par le bras, mais Ed.Net était déchiqueté avec une violence inouïe.
- ....existe pas... virtuel...Et brusquement, il disparut, balayé avec lenvironnement.
- Ed ! Hurla Jon.W. Emmène-moi !Juste devant lui sinstallait la plus effroyable des nuits. La fluorescence du paysage prenait des teintes grises avant de seffacer complètement.
Jon.W retrouvait les frayeurs quil avait eues lors des premiers assauts de Hackers. Il était certes habitué à linertie momentanée du Webworld, mais jamais il navait vu un tel assaut, submergeant la Cité entière. Alors, il se retourna et se mit à courir droit devant lui, bousculé, renversé par des phrases ineptes, des caractères MAJUSCULES ou gras, qui fusaient de partout. Les immeubles, les boutiques, les rues, les habitants séclipsaient, broyés par le néant. Dans son propre quartier, les immeubles se volatilisaient et il vit avec désarroi les cinq étages de lécole, qui avait bercé sa créativité, brutalement rayés de la carte.
Il navait plus de maison. Ce nétait quun tas de gravats dévoré à son tour par lobscurité. Maintenant, le néant attaquait de toutes parts. Terrorisé, Jon.W, ne sachant plus où se tourner, se laissa choir sur le sol. Il se replia sur lui-même, comme il lavait fait lors des tempêtes précédentes. Il observait autour de lui le cataclysme grandissant et tremblait, épouvanté.
- Emmène-moi Ed ! balbutia t-il. Je ne veux pas rester tout seul !A ce moment précis, il eût tant souhaité sortir du Webworld. Pourquoi était-il le seul à voir ce que personne ne voyait jamais ? Était-ce là sa spécialité?
Il songea aux mots lâchés par Ed.Net avant son départ. Il savait ce quétait un avatar. Que certains, dans le Webworld, aimaient changer leur apparence, se réincarner sous dautres formes, pour leurrer leurs interlocuteurs. Mais pourquoi Lna.fr eût-elle été un avatar ? Pourquoi leût-elle trompé ?
Le monde sécroulait autour de lui.
Jon W était terrifié.
Alors, il ferma les yeux, cacha la tête dans le creux de ses bras, espérant impatiemment la fin du terrible désastre. Mais cette fois, la fin fut définitive.
Jon.W disparut des circuits du Webworld.
Préface ou quitter
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Chap2
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Annexe